Personne n'en a rêvé, mais quelqu'un l'a fait quand même : la tristement célèbre fanfiction legolas by laura... en film ! Ou presque. La narration est de Man Without A Body.
« Quelle autre échappatoire que le rire, sinon le suicide, poil aux rides ? » Pierre Desproges
27 janvier 2014
20 janvier 2014
Comment emmerder les démarcheurs téléphoniques
Au même titre que le cancer, le démarchage téléphonique constitue un problème qui nous concerne tous. Ceux d'entre nous qui peuvent affirmer ne pas avoir subi au moins une dizaine d'enquiquineurs téléphonoïdes tentant de leur refourguer Cthulhu sait quelle bricole inutile soit sont extrêmement chanceux, soit vivent complètement à l'écart de la société, ce qui revient au même, j'imagine. C'est pourquoi il revient à chacun de nous de savoir leur faire face, sinon pour s'en débarrasser, au moins pour s'amuser à leurs dépends. À cette fin, je propose aujourd'hui une petite liste de méthodes à employer pour traiter avec les démarcheurs téléphoniques.
1. Méthode du paranoïaque
Comme
son nom l'indique, cette méthode consiste à réagir à chaque
question du démarcheur comme s'il s'agissait d'une grave intrusion dans votre vie
privée. A chaque déclaration de votre interlocuteur/interlocutrice,
brame quelque chose comme : « pourquoi vous voulez savoir
ça ?! » « pour qui vous travaillez vraiment ?! »
« prouvez-le ! ». Défends-toi d'accusations qu'on
ne t'as pas porté. Feins de devenir de plus en plus nerveux à
mesure que l'appel se poursuit, puis accuse ouvertement le démarcheur
d'appartenir à la mafia, la CIA et/ou à un réseau de pédophiles
local. Astuce : ta voix doit en permanence porter dans les 80 à
90 décibels (pour référence, c'est le niveau sonore d'un
embouteillage).
« Quel
est votre fournisseur d'accès à Internet actuel ?
-
SALAUDS, VOUS ESSAYEZ DE PIRATER MON INTERNET ! JE VAIS APPELER
LA POLICE ! JE VAIS VOUS POURSUIVRE EN JUSTICE ET RÉCLAMER
JUSQU'AU DERNIER CENTIME DÛ ! »
« Connaissez-vous
[médicament ou produit (pseudo)médical quelconque] ?
- JE
NE ME SUIS JAMAIS DROGUÉ, CE NE SONT QUE DES RUMEURS ! DES
RUMEURS LANCÉES POUR ME NUIRE ! C'EST MON VOISIN QUI VOUS A
RACONTÉ ÇA ?!? »
« Bonjour,
je m'appelle [Nom] et...
-
PROUVEZ-LE !
-
Hum... Je ne-
-
AH ! VOUS N'EN ÊTES PAS CAPABLE, HEIN ? VOUS CROYEZ QUE JE
SUIS NÉ D'HIER ? »
![]() |
| "C'EST VOUS QUI RACONTEZ À MA FEMME QUE J'AI DES PROBLÈMES D'AGRESSIVITÉ ?!" |
2. Méthode du Kaliméro
Rien
de tel que cette méthode pour plonger le démarcheur dans
l'embarras, voire de le faire déprimer un bon coup. Elle consiste à
se faire passer pour une personne tellement déprimée qu'elle n'a
plus goût à rien. Pour bien incarner ton personnage, pousse de gros
soupirs à intervalles réguliers, réponds « à quoi bon ? »
à la moitié des questions, et raconte chacun de tes malheurs à
l'autre moitié. Astuce : fonds en larmes sans raison au milieu
d'une tirade de ton interlocuteur. Effet garanti. Astuce 2 : à
un moment de la conversation, ne fais plus aucun bruit pendant dix
minutes et savoure la panique dans la voix du démarcheur.
« Savez-vous
que [marque] peut vous faire économiser jusqu'à # euros par mois ?
-
Bof... de toutes façons, pour ce que je peux en faire de mon
argent... L'argent ! Il y a plus que ça qui compte de nos
jours... C'est pour ça que Mélissa m'a largué, je suis sûr. Pour
aller se taper un connard fortuné. Je l'aimais vraiment, moi !
Mais est-ce que ça compte, pour elle ? »
« Saviez-vous
que [produit] est le leader de son secteur ?
- Je
ne sais pas... Je ne sais plus. Plus rien n'a de sens. C'est...
c'est... [sanglots] »
« Souhaitez-vous
participer à un concours pour...
-
Non ! Pitié, non ! Je ne pourrais pas supporter un échec
supplémentaire ! Je... C'est trop dur. Oh, et puis... Au point
où j'en suis, un autre échec pourrait enfin me donner la motivation
de passer à l'acte pour ne plus souffrir... »
![]() |
| "Aujourd'hui, j'ai mangé des pâtes... *snif* Ca m'a rappelé Patricia !" |
3. Méthode du contre-démarchage
Si
ta devise est « fais aux autres ce que tu n'aimes pas qu'ils
te fassent », alors cette méthode est faite pour toi ! Le
principe est simple : tandis que le démarcheur te vante les
mérites de son produit, tu lui rends la monnaie de sa pièce en lui
présentant un produit imaginaire et en employant les mêmes
techniques de vente. Astuce : ne lésine pas sur les
superlatifs ! Si tu présentes un produit aux attributs aussi
mirobolants que contradictoires, c'est encore plus drôle. Astuce 2 :
le but du jeu étant de noyer les paroles de ton interlocuteur avec
ton boniment, essaie de parler le plus rapidement possible sans
t'arrêter.
« Bonjour
monsieur, connaissez-vous [marque] ?
-
NON ! Car depuis quelques semaines, j'ai découvert Piéjak ON,
le produit ménager ultime ! Élu produit numéro un en 2027 !
Lorsqu'on m'a parlé de Piéjak ON, j'étais comme vous :
j'étais sceptique. Mais j'ai vite découvert que l'essayer c'est
l'adopter ! »
« Quel
est votre opérateur téléphonique ?
-
Grâce à Piéjak ON, je n'en ai plus besoin ! Eh oui :
Piéjak ON est un produit très versatile, doté de nombreuses
fonctionnalités ! Téléphone portable, détergent ménager,
confessionnal, chasse d'eau... Tout est possible grâce à Piéjak
ON ! »
« Félicitations !
Vous êtes l'heureux vainqueur de...
-
ABSOLUMENT ! Vous avez remporté une provision d'un mois de
Piéjak ON ! Composez maintenant votre numéro de carte
bancaire, ainsi que votre numéro de sécurité, pour obtenir votre
livraison gratuitement à l'adresse de votre choix ! [à dire très
rapidement :] Offre soumise à conditions, demandez conseil à
votre pharmacien, aucun remboursement, ne convient pas à l'enfant de
moins de 25 ans. »
4. Méthode du faux numéro inversé
Le
principe est aussi simple que ses résultats sont hilarants :
fais comme si le démarcheur était quelqu'un d'autre, une de tes
connaissances ou un service de dépannage en ligne, par exemple. Même
lorsque ton interlocuteur tente de te convaincre du contraire,
fais comme si tu ne comprenais rien et continue sur ta lancée. Le
but du jeu étant soit de confondre le démarcheur, soit de le
convaincre que tu es simplement fou. Astuce : après dix minutes
de dialogue de sourds, commence à t'énerver et exige de parler à
un supérieur (ou si tu prétends parler à un membre de ta famille,
annonce-lui qu'il ne sera pas invité à Noël et que sa maman
entendra parler de toi !).
« Bonjour,
mon nom est [nom], j'aimerais vous parler de [produit]...
-
René ?! Ah bah dis-donc, on peut dire que t'appelles pas
souvent ! Et qu'est-ce que tu deviens ? Je me faisais du
souci, moi ! Tu pourrais penser un peu plus à ta tante/ton
oncle, quand même ! »
« Souhaitez-vous
souscrire à une offre de découverte de...
-
Non, non, non, c'est le démarreur qu'est foutu, je vous dis !
Chaque fois que je tourne la clé dans le contact, j'entends un genre
de glou-glou, et puis plus rien. J'ai fait le plein, pourtant. Vous
croyez que j'ai coulé une bielle ? Oh, ça m'énerve... »
« Non,
monsieur/madame, vous ne comprenez pas... Je ne suis pas...
-
Quoi ?! Tu manques de respect ? Tu manques de respect à
ton oncle ! Ce n'est pas comme ça que nous t'avons élevé !
Attention, petit bonhomme, parce que chez nous, l'enfant-roi ça
n'existe pas ! Présentes-moi tout de suite des excuses où tu
auras une raclée maison ! »
« Monsieur/madame,
ce n'est pas votre service de...
-
Oh, bien sûr ! Comme par hasard, dès que le client demande
quelque chose de trop compliqué, d'un seul coup, vous n'êtes plus
le service de dépannage ! Vous êtes le service de
comptabilité, je présume ! Fainéants ! Tocards !
Passez-moi votre supérieur, j'ai deux mots à lui dire ! »
5. Méthode de la sénilité
Lecteur,
ça t'es certainement arrivé de parler de quelque chose d'un tant
soit peu technique (d'informatique, par exemple) avec une personne
qui ne comprenait tellement rien que tu étais intimement convaincu
qu'il faisait exprès de ne rien biter. Te souviens-tu à quel point
cela t'énervais ? Eh bien, aux autres de souffrir, à présent !
La méthode de la sénilité n'est rien d'autre que ça : se
faire passer pour un crétin fini et bouché à l’émeri qui ne
capte pas un mot de ce que lui dit le démarcheur. Crise de nerfs
garantie pour lui, et crise de rire garantie pour toi : tout le
monde y gagne ! Astuce : pour plus d'authenticité,
fais-toi passer pour un vieux croulant et pousse des « Heiiiin ? »
en plein milieu des phrases de ton interlocuteur. Astuce 2 : si
le démarcheur te demande un numéro, un nombre ou un chiffre, plutôt
que de le dire à haute voix, compose-le sur ton téléphone et
étonne-toi lorsque le démarcheur s'énerve. Astuce 3 :
prononce les anglicismes avec ton plus bel accent français.
« Quel
est votre fournisseur d'accès à Internet actuel ?
-
Heiiiin ?
-
Quel est votre fournisseur d'accès à Internet actuel ?
-
Quoi ? C'est qui Internet ?
[après
plusieurs minutes d'explications]
-
Oh ! C'est Google.
-
Non, monsieur... Ça, c'est un moteur de recherche.
-
Oh... Ah ! C'est... heu... To... Shi... Ba.
-
Non... »
«
Connaissez-vous [produit] ?
-
Heiiiin ?
-
Connaissez-vous [produit] ? De la marque [marque]. C'est un...
- Je
comprends rien à ce que vous me racontez !
-
Ce... on s'en sert pour...
-
Non, non, c'est trop compliqué. Je comprends rien ! Vous
devriez vraiment penser à simplifier vos explications parce qu'on
n'y comprend rien ! »
« Quel
est votre opérateur téléphonique ?
-
Heiiiin ?
-
Heum... votre opérateur téléphonique. SFR, France Télécom ?...
-
Heiiiin ? Non, j'utilise un téléphone, comme tout le monde ! Comment vous croyez que je vous parle ? Vous êtes nigaud ? »
![]() |
| Victoire ! |
6. Méthode du psychopathe
Si
tu préfères inspirer la peur que l'énervement ou l'embarras chez
les démarcheurs qui t'enquiquinent, essaie la méthode du
psychopathe. Un peu plus complexe à mettre en œuvre correctement,
la méthode du psychopathe, ainsi que son nom l'indique, consiste à
te faire passer pour un fou dangereux au téléphone. Parle d'une
voix lente avec un ton doucereux, glousse à intervalles réguliers,
multiplie les sous-entendus et double-sens inquiétants (inspire-toi
des grandes pontes du genre, de Dracula à Hannibal Lecter)... puis
commence à te montrer... intéressé par ton interlocuteur, et mets-toi à lui poser des questions
étranges (« vivez-vous seul(e) ? » « avez-vous
déjà un homme tout nu ? »). Fais tout de même attention
à ce que le démarcheur (pour le cas certes improbable où il serait
localisé en France) n'appelle pas la police. Astuce : fais-toi
aider d'un ami qui se fera passer pour une victime ligotée et
bâillonnée tentant d'appeler à l'aide.
« Bonjour monsieur, mon nom est [nom], je...
- Oh oh oh, mais c'est un nom tout à fait délicieux que vous
avez-là, très chère... [Nom]... [Nom]. Oui, très... appétissant,
si vous me permettrez ce compliment. »
« Souhaiteriez-vous participer à un concours pour...
- Oh, vous voulez jouer avec moi ? J'aime ça. Ma mère m'a
toujours dit de ne pas jouer avec ma nourriture mais... Oups, hum...
simple plaisanterie. [rire inquiétant] »
« Quel
est votre opé- [ton ami se met à faire du bruit]
- Un
instant, très chère. [à ton ami :] Silence ! Je suis au
téléphone ! Veux-tu que j'aille chercher le martinet pour
t'apprendre le respect ? [au démarcheur :] Pardonnez-moi.
J'ai... J'ai un chien que je n'ai pas encore fini de dresser... »
7. Méthode du comique insupportable
Nous
avons malheureusement tous quelqu'un comme ça dans notre entourage
proche, trop proche. Ce pauvre type, un cousin ou un oncle le plus
souvent, auquel la nature à joué un bien vilain tour en lui faisant
croire qu'il était capable d'humour. Et depuis lors, le bougre ne
manque plus une occasion de réciter une plaisanterie qu'il a
vraisemblablement lue dans un Carambar, proposer une devinette très
originale qu'il a reçu dans un e-mail, voire -le Ciel lui pardonne,
car il ne mesure pas ce qu'il fait !- déclamer un calembour. Eh bien,
lecteur, ce que je vais te demander va sûrement t'en coûter, mais
cette méthode exige que, pour la durée d'un coup de fil, tu
deviennes cette pauvre créature, de manière à noyer le démarcheur
sous des tombereaux de non-drôlitude. Astuce : pour pousser le
vice jusqu'au bout, fais comme-ci tu étais une sorte de clown
triste, devenant un peu plus déprimé chaque fois qu'un de tes gags
tombe à plat, comme si ta personnalité de comique n'était qu'un
masque pour dissimuler ton profond désarroi, un masque qui se morcelle un
peu plus chaque plaisanterie ratée et nom de Dieu est-ce que je suis
en train d'essayer de faire de la poésie dans un article expliquant
comment se moquer des démarcheurs téléphoniques ?
Je
ne fournis pas d'exemple, c'est vraiment trop triste.
8. Méthode de l'inintelligible
Bon,
alors celle-là, elle n'est pas compliquée : il suffit de
baragouiner au téléphone de façon à être parfaitement
incompréhensible, comme si tu étais ivre ou drogué. Mormmrmmmgrmbl
blaffouffofi prout spsstkerlkrk argh. Astuce : mieux encore,
exprime-toi dans une langue étrangère et fais semblant de ne pas
comprendre le français.
« Bonjour,
je suis [nom], de la société [marque].
- Lo
sentimos, no se hablo alemán. »
« Connaissez-vous
[produit] ?
-
Oooooooh... klamekbrrodgong parfloblob urrrreeeeeeeg.
- …
Je vous demande pardon ?
-
[agacé] Klamekbrrodgong parfloblob urrrreeeeeeeg !
- Je
suis désolé(e), je ne comprends pas ce que-
13 janvier 2014
Guile's Theme Vs Beethoven
Guile's Theme goes with everything, ainsi que les plus cultivés d'entre nous le savent déjà. Il est donc on ne peut plus naturel que le thème le plus américain jamais composé par un japonais s'accorde à merveille avec un orchestre symphonique.
Les autres vidéos du même créateur valent aussi largement le détour.
| "It's not a tattoo : it's a birthmark !" |
6 janvier 2014
La maladie du prix Nobel
Lecteur, tu as certainement entendu parler du sophisme connu sous le nom d'appel à l'autorité (ou argumentum ad verecundiam pour ceux qui veulent se la jouer auprès des nanas). Le principe est -trop- simple, en voici un exemple illustratif :
"QUOI ?! Tu crois sérieusement à la version officielle pour les attentats du World Trade Center ?
- Ben, oui, il faut bien avouer que les théories du complot, en général...
- Ah ouais ? Eh bien Hugo Chavez lui-même a dit que c'est un inside job !
- Et alors ?...
- C'est un politicien ! Ils savent ces choses-là, les politiciens ! Si un politicien dit que l'effondrement du WTC, c'était à cause d'une démolition contrôlée, c'est que c'est vrai !
- Attends... C'est pas lui aussi qui avait raconté que les USA possèdent une arme secrète qui a provoqué le tremblement de terre à Hawaï, que la CIA file le cancer à ses opposants et qui a apporté son soutien à Ahmadinejad et Kadhafi* ?
- Non mais ça compte pas, ça.
- D'ailleurs, il y a aussi des politiciens qui la soutiennent, la "version officielle". Du coup, ça veut dire-
- Ça compte pas non plus !"
- D'ailleurs, il y a aussi des politiciens qui la soutiennent, la "version officielle". Du coup, ça veut dire-
- Ça compte pas non plus !"
Les principales victimes de l'appel à l'autorité sont naturellement les grandes célébrités du monde scientifique, principalement le très populaire physicien Albert Einstein, qui s'est vu assigner post-mortem l'insigne honneur d'être constamment cité comme autorité suprême dans des sujets qui n'ont rien à voir avec la physique, comme la religion ou le végétarisme. Les secondes cibles par ordre de popularité sont les récipiendaires du prix Nobel (peu importe lequel). C'est vrai, quoi, un lauréat du prix Nobel ne peut pas se tromper ! Cette récompense ne peut être attribuée qu'à des gens exceptionnels ! En théorie, cette dernière affirmation est vraie. Et pourtant...
Et pourtant, depuis sa création, le prix Nobel a été décerné à plusieurs individus qui, si leurs contributions à la science ne peut être remise en question, avaient quelques légers problèmes énormes au niveau psychologique et/ou social. Tu sais ce qu'on dit sur le génie et la folie, n'est-ce pas ? C'est ce que l'on nomme dans les cercles sceptiques la maladie du prix Nobel, syndrome étrange qui fait que les récipiendaires de la distinction tant convoitée ont tendance à péter les plombs. Et pas qu'un peu, comme nous allons le voir.
James Watson, prix Nobel de médecine, zéro pointé en génétique
L'américain James Dewey Watson reçut, avec ses collègues britanniques Francis Harry, Compton Crick, Maurice Hugh et Frederic Wilkins, le prix Nobel de physiologie et de médecine en 1962 pour ses travaux sur la structure moléculaire des acides nucléiques, qui permirent (si j'ai bien compris, ce qui n'est pas garanti) de mieux comprendre la façon dont la matière vivante transmet l'information. Il fut essentiellement considéré comme l'un des pionniers de l'ADN, ce qui allait s'avérer particulièrement ironique plus tard.
Tout alla bien dans le meilleur des mondes pendant plus d'une quarantaine d'années. Et puis, en 2007, alors que Watson approchait les quatre-vingt balais, il annonça dans plusieurs journaux que, bien qu'il "espérerait" que les hommes soient égaux, les noirs étaient malgré tout "génétiquement moins intelligents" que leurs homologues à bas taux de mélanine. Toujours d'après cet éminent savant, "les gens qui ont eu affaire à des employés noirs savent [qu'ils ne sont pas égaux aux blancs]".
Bon, jusque là, c'est pas brillant, mais ça peut s'expliquer par le fait que Watson est un homme né à une époque où ce genre de considération était tout ce qu'il y a de plus ordinaire et que l'âge n'a sans doute pas aidé aux capacités intellectuelles de ce grand homme. Mais le physicien était semble-t-il déterminé à aggraver son cas, aussi affirma-t-il péremptoirement que la stupidité était une maladie génétique qui devrait être guérie. Bien entendu, il ne s'incluait pas parmi les "malades" -il avait un prix Nobel, que diantre. Dix ans plus tôt, il était également d'avis qu'une mère devrait avoir le droit d'avorter son foetus si celui-ci possédait le "gêne de l'homosexualité".
![]() |
| Morale de l'histoire : ne donnez jamais de prix à un gars qui remonte son pantalon au niveau de ses coudes. |
Philipp Lenard, prix Nobel de physique, nazi
On ne le dit pas assez, mais on le constate très souvent : ça vieillit mal, un physicien. Prenez notre Jean-Pierre Petit national, par exemple. Et ce n'est d'ailleurs pas un fait nouveau, ainsi qu'en témoigne la triste histoire de Philipp Eduard Anton von Lenard, lauréat du prix Nobel de physique en 1905 "pour ses travaux sur les rayons cathodiques" (là-dessus, par contre, je peux t'assurer que je n'ai rien compris).
Au début de sa carrière, Lenard était un bonhomme bien brave, quoiqu'un poil arrogant et chatouilleux quant à son amour propre, jusqu'à ce que sa relation avec un certain Albert Einstein ne tourne au vinaigre à l'orée de la Première Guerre Mondiale. Einstein était en effet pacifiste, tandis que Lenard, très nationaliste, était favorable à l'entrée en guerre de l'Empire allemand. La tension vira à la rancœur, et éventuellement, Lenard, convaincu de sa supériorité, décida qu'il existait en fait une "physique aryenne" (ou Deutsche Physik, physique allemande), naturellement supérieure à la "physique juive", laquelle cherchait selon lui à "révolutionner et dominer l'ensemble de la physique", parce que c'est ce que font les juifs, comme chacun sait. Il décida aussi au passage de mépriser la "physique anglaise", qui d'après lui plagiait toutes ses idées sur les Vrais Physiciens Allemands™.
"La science, comme tout ce qu'a produit l'humain, est conditionnée par la race et le sang.", déclara-t-il. [1]
Plus tard, en 1930, il rallia le tristement célèbre parti national-socialiste, séduit par les idées de son non moins tristement célèbre leader moustachu, et devint un soutien actif de l'idéologie nazie. Hitler, appréciant la conception de la physique de Lenard, fit de lui le chef de la physique aryenne du Troisième Reich. Il en profita pour casser davantage de sucre sur le dos d'Einstein, affirmant que sa célèbre équation E=MC² était en réalité l'œuvre du physicien Friedrich Hasenöhrl, parce que bisque bisque rage, bien fait pour ta face sale juif (c'est très important, la maturité, quand on fait de la physique).
La Seconde Guerre Mondiale terminée, Lenard fut renvoyé de son poste de professeur de physique émérite de l'université d'Heidelberg, et mourut deux ans plus tard, en 1947, à l'âge de 85 ans. C'est curieux comme tout le monde est devenu brusquement intolérant envers les nazis dès 45.
Linus Pauling, prix Nobel de chimie, pseudo-médecin
Considéré comme l'un des scientifiques les plus importants du vingtième siècle, Linus Pauling a à peu près tout fait : il fut l'un des tous premiers chercheurs en chimie quantique, il travailla dans la recherche médicale (où il découvrit que la cause de la drépanocytose est une structure anormale de l'hémoglobine), s'opposa aux essais nucléaires (et reçu en récompense le prix Nobel de la paix en 1962), il sera presque le découvreur de la structure à double hélice de l'ADN, mena des projets de recherche pour développer une voiture électrique efficiente et découvrit plusieurs propriétés de la vitamine C dont il popularisa l'emploi. Ses travaux sur la liaison chimique lui vaudront également le prix Nobel de chimie de 1954.
Oui, tu as bien lu : Pauling obtint deux prix Nobel différents (ainsi qu'une liste de distinctions longue comme le bras). Un cynique comme moi dirait que cela signifie qu'il avait deux fois plus de chances de péter un câble. Une personne plus raisonnable dirait simplement que Linus Pauling est la preuve s'il fallait la faire que même les scientifiques les plus brillants peuvent faire des erreurs -de grosses erreurs.
En effet, vers la fin de sa carrière, Linus Pauling devint un peu trop enthousiaste quant à ses découvertes sur la vitamine C. Son hypothèse de départ était que les substances normalement présentes dans le corps humain sont nécessairement bénéfiques**, et il en conclut que des doses massives de vitamine C pourraient guérir un rhume. Sur cette base, il fonda la (pseudo)médecine orthomoléculaire avec son associé Arthur Robinson (qui lui, était un pur pseudo-scientifique : négationniste du SIDA, du réchauffement climatique, signataire de la pétition A Scientific (sic) Dissent From Darwinism en faveur du créationnisme...). Éventuellement, Pauling affirma que la vitamine C pourrait être utilisé pour guérir le cancer, même en phase terminale. Des études menées en 1979, 1983 et 1985 démontrèrent pourtant que l'effet de la vitamine ne dépassait pas celui d'un placébo. En fait, il fut également découvert que la vitamine C s'opposait au bon fonctionnement des médicaments antinéoplasiques. Il apparut que Pauling avait commis l'erreur trop classique d'ignorer les données contradictoires.
Pauling mourut d'un cancer -l'Ironie Cosmique avait encore frappé !- en 1994. Sa "médecine" orthomoléculaire lui survécut, et ses "praticiens" modernes affirment maintenant pouvoir soigner des maladies psychiatriques, voire le SIDA, avec des doses massives de vitamine C, tout en expliquant bien sûr que si ça marche pas c'est la faute à Big Pharma qui fait rien qu'à saboter leurs efforts.
Kary Mullis, Prix Nobel de Chimie, maboul tous-terrains
Kary Mullis, docteur en chimie ayant exercé en cardiologie et en physiologie vasculaire, était en apparence loin d'être un con. Certes, il lui arrivait de faire des trucs un peu particuliers, comme consommer du LSD et attribuer à son usage la plupart de ses découvertes, mais bon, c'est comme ça que sont les scientifiques, n'est-ce pas ? Et puis, peut-être bien qu'il avait raison, après tout. Peut-être que certaines idées vraiment géniales ne peuvent être formées que par un esprit chevauchant une licorne verte fluo à travers le pays de la barbe à papa psychédélique. Ne me souvenant pas de mon dernier trip N'ayant jamais consommé aucune drogue, je ne saurais le dire.
Toujours est-il qu'il obtint, aux côtés de Michael Smith, le prix Nobel de chimie en 1993 pour son invention de la réaction en chaîne impliquant la polymérase et bordel de merde je commence à en avoir marre de recopier des trucs dont je ne comprends pas un mot.
![]() |
| Son autobiographie. Sans commentaires. |
Mullis, devenu célèbre pour son côté "chercheur non orthodoxe" (c'est comme ça qu'on appelle tous les chercheurs qui ne cadrent pas avec le stéréotype du vieux scientifique sexagénaire barbu avec des lunettes à double foyer), en profita pour augmenter son degré de bizarrerie d'un ou deux crans. Dans une interview pour le magazine Spin (sorte d'équivalent américain de Science & Vie), il déclara que l'origine du SIDA n'était pas à chercher au niveau viral, mais plus au niveau des homosexuels (mais qu'est-ce qu'ils ont les prix Nobel avec l'homosexualité ?), en se basant sur l'irréfutable équation : plus d'homosexuels au vingtième siècle + le SIDA est apparut au vingtième siècle = l'homosexualité provoque le SIDA. Il écrira plus tard dans son autobiographie qu'en fait l'épidémie de SIDA est le résultat d'un complot impliquant le gouvernement, les scientifiques et même les écologistes histoire de faire bonne mesure. A moins que ce ne soit les extra-terrestres, les responsables.
Mais ce n'était pas tout. Décidant qu'être lauréat du prix Nobel de chimie signifie qu'il était désormais un spécialiste dans tous les domaines n'ayant que peu à voir avec la chimie, il affirma également que le réchauffement climatique n'avait rien à voir avec l'homme, que l'astrologie c'est pas du flanc, qu'O.J. Simpson est innocent, que le livre d'Urantia*** c'est pour de vrai et que les extra-terrestres nous rendent visite régulièrement. Et ça, il le sait, il en a rencontré un. Plus précisément, il a rencontré, une nuit de 1985, un raton-laveur brillant dans le noir qui lui a dit "bonsoir docteur", ce a quoi le docteur Mullis a répondu "hello" (oui, je sais, c'est pas transcendant, comme dialogue avec un ziti). D'après Kary, ce raton-laveur était une sorte de "projection holographique" qui n'avait rien à voir avec sa consommation de LSD, rien du tout du tout.
A savoir aussi que Kary Mullis n'apprécie pas trop qu'on remette son autorité en question, encore moins qu'on lui pose des questions trop précises sur les sujets sur lesquels il délire, ou qu'on lui fasse remarquer que son domaine d'expertise est la chimie et que lesdits sujets sont sans rapport. Peu importe ! Il a raison parce qu'il a un prix Nobel, merde !
* Authentique. [1][2][3][4]
** On notera que cette hypothèse de base était déjà peu logique. Avec le même raisonnement, je pourrais dire que les métaux lourds sont bénéfiques pour l'organisme, vu que nous avons naturellement dans notre corps.
*** Pour ceux qui ont la chance de ne pas connaître, il s'agit en gros de la Bible version New Age avec des extra-terrestres à la place des anges et où l'on apprend notamment que Jesus était un ziti. A lire à ce sujet : Urantia, The Great Cult Mystery de Martin Gardner (non traduit en français, à ma connaissance).
24 décembre 2013
Le Noël peu banal de la famille Mundane
Chers petits lecteurs adorés, puisque c'est Noël, je vous fait cadeau d'une autre de mes nouvelles. Alors, vous êtes contents ?
[silence]
Je vous emmerde.
----------------------------------------------
La famille Mundane
(prononcé « Moune-danne », s'il-vous-plait, c'est
danois) avait ceci de particulier qu'elle n'avait strictement rien de
particulier, et ceci d'intéressant qu'à vrai dire elle n'était
nullement intéressante. Pour vous donner une idée de l'absence
totale de particularité et d'intérêt de la famille Mundane,
considérez que si cette famille était un modèle de voiture, ce
serait une Renault 4L. Si c'était une couleur, ce serait le gris
pigeon. Si c'était un jeu de société, ce serait le morpion.
Ils étaient si inintéressants qu'aucun épithète ne saurait les
décrire avec précision. Ils avaient élevé l'art d'être banal au point que ce mot
n'avait plus de sens. Voici pourtant l'histoire de comment cette
famille eu un Noël qui mérite presque d'être conté.
Le père de famille,
Gilbert Mundane, était âgé de 47 ans et entretenait, en plus d'une
passion modérée pour la culture des pétunias, une moustache brune
qui jurait très bien avec ses cheveux gris. Gilbert travaillait
comme comptable (« pas expert-comptable, non, enfin, pas
encore, mais qui sait, la vie c'est le changement, ho ho ho. »)
dans une entreprise de fabrication de tubes métalliques où ses
collègues de bureau le surnommaient affectueusement « le
boche », car l'Allemagne et le Danemark, c'est kif-kif, non ?
Ses distractions, outre arroser suffisamment ses fleurs pour ne pas
qu'elles meurent, consistaient en la consommation de bière blonde en
canettes et l'observation assidue de son écran de télévision,
observation qu'il entrecoupait à intervalles réguliers de
commentaires sur la stupidité des programmes et la multiplication
envahissante des publicités.
Il arrivait à Gilbert
Mundane de voter aux élections. Un observateur quelque peu cynique
dirait que son allégeance politique dépendait du temps qu'il fait :
ensoleillé, il votait socialiste ; couvert, il votait à
droite ; orageux, il votait communiste ; pluvieux, il
votait à l'extrême-droite (mais « uniquement pour protester,
houlà ! »). Un observateur très cynique dirait également que
par temps neigeux, il voterait sans doute au centre, mais cet
observateur aurait tort : les jours de neige, Gilbert Mundane
restait chez lui et ne votait pas, tout simplement. Après
tout : "voter, bon, je veux bien, mais c'est pas un vote qui
fait la différence, ah ça non. »
Gilbert Mundane aimait
sa femme et ses enfants, presque autant qu'il aimait ses charentaises
(« souvenir de nos vacances en Charente-Maritime, ah, c'était
joli là-bas, hein maman ? »). Il aimait aussi son chien
Chirac (nommé ainsi « pour une blague que m'a faite un copain,
ho ho ho. »), qu'il lui arrivait même de caresser juste sous
le col en l'appelant (« ho ho ho. ») Chichi. Le
toutou s'en foutait éperdument, ayant grâce au Ciel perdu à peu
près toute forme d'ouïe à mesure que l'âge l'emportait sur son
métabolisme canin, et remarquant à peu près autant les caresses
que le fonctionnaire moyen remarque la frustration qu'il provoque
chez le client avec lequel il a affaire. Et puis, tant qu'on ne lui
mettait pas un coup de pied au cul, c'était à peine s'il remarquait
les humains qui l'entouraient.
Roberte Mundane, 45 ans,
épouse de Gilbert et coupable avec lui de la mise au monde des deux
adorables bambins que nous présenterons ci-après, était une femme
réservée au point qu'on n'avait jamais même besoin de lui demander
de fermer sa gueule. C'était une femme qui, de par son existence,
contredisait le vieux dicton selon lequel on ne pouvait se fier aux
apparences ; elle était en effet aussi plate d'esprit que de
corps. C'était une femme dont la personnalité était à peu près
aussi vide que l'avenir d'un doctorant en philosophie, et tout aussi
inintéressante que le curriculum de
ce dernier. Roberte n'avait ainsi jamais eu de véritable
hobby, ni vraiment de passion, ni réellement de métier durant toute
sa vie.
Son activité favorite
-non, disons plutôt l'activité qui revenait le plus souvent sur son
emploi du temps- était de nettoyer les pièces de la maison qu'elle
avait déjà nettoyé hier. Et puis les objets que contenaient cette
pièce. Lorsque le désœuvrement l'envahissait de trop, il lui
arrivait, dans un moment d'égarement sans doute, de boire jusqu'à
un verre de vin blanc par semaine. Certes, elle le faisait cuire
auparavant pour éliminer la majeure partie de l'alcool et le diluait
dans trois-quarts d'eau afin de se débarrasser du goût, de crainte
qu'elle ne sombra plus avant dans l'alcoolisme, mais tout de même.
La cuisine de madame
Mundane était à l'image de la maîtresse de maison : terne et
sans surprise. Les épices et l'exotisme étaient des concepts aussi
étrangers à Roberte que l'astrophysique l'est à l'acarien, ou que
l'autocritique l'est au politicien. Si certains ont le talent de
faire surgir des goûts insoupçonnés dans des ingrédients
ordinaires, Roberte avait elle le don de rendre saumâtre et fade
même le plat le plus appétissant sur le papier.
Edmond fut le premier
enfant à naître des époux Mundane. Dès lors qu'il entra dans
l'adolescence, il s'empressa de considérer cette naissance comme
l'équivalent de l'un des plus terrifiants accidents biologiques
depuis l'extinction des dinosaures, ou du pire coup de pute jamais
réalisé par les dieux. En effet, pour Edmond, seize ans, l'âge
idiot était arrivé, cet âge où il semble neurologiquement
impossible à un garçon de ne pas vomir le moindre mot émit par ses parents, cet âge où le monde n'a plus d'autres couleurs que les
teintes de gris béton et de brun merde de chien, cet âge enfin où
la voix de celui qui sera bientôt un homme -à supposer que le tueur
pédophobe local n'y vit pas d'inconvénient- donne l'impression à
son entourage que quelqu'un grince des dents contre un tableau noir
tout près de leurs oreilles.
Comme déterminé à
aggraver son cas, Edmond décida, Dieu lui-même ignore comment ou
pourquoi, qu'il possédait un talent pour la poésie. C'est ainsi que
du soir au matin, du matin au soir, jusque pendant les cours, les
repas et les pauses pipi, l'adolescent gribouillait des cahiers
entiers de sa prose dégoulinante de déprime morose. Ses sujets de
prédilections étaient, dans cet ordre d'importance : son
malheur, son blues, son
désespoir de vivre et la fatalité de la vie. Qui plus est, un
critique littéraire qui aurait par extraordinaire étudié ses
œuvres aurait découvert que l'essentiel de son talent provenait du
dictionnaire de synonymes intégré à Word. Ce même critique aurait
également regretté qu'Edmond n'ait point aussi employé le
correcteur orthographique du même logiciel. Le niveau moyen de ces
créations atteignait précisément ce degré de nullité où ils ne pouvaient
même pas être appréciés au second degré, mais sans toutefois être si
nuls qu'ils en deviennent exceptionnels, à la façon d'un film d'Ed
Wood. Ses poésies étaient simplement d'une nullité ordinaire.
Ne
trouvant dans son entourage de lycéen aucune personne suffisamment
peu versée dans la littérature pour apprécier ses poèmes, Edmond
se tourna naturellement vers les réseaux sociaux. Là, il consacra
le temps qu'il n'investissait pas dans la rédaction de ses colombins
à leur mise en ligne afin que le monde soit témoin de son talent
comparé au reste de sa génération qui baignait dans l'illettrisme
-il commettait toujours au moins deux fautes lorsqu'il écrivait ce
mot. Puisque personne ne semblait vouloir le faire, il rédigeait
lui-même les commentaires et critiques de ses propres poèmes.
Le
tableau familial s'achevait avec le dernier des deux fils, Édouard,
qui de tous les Mundane était le plus proche d'avoir un trait qui
pourrait être vaguement considéré comme intéressant. Ou du moins
particulier. L'enfant n'avait pas deux ans que déjà son
comportement suscitait une curiosité quelque peu alarmée de ses
parents. Ainsi, il lui arrivait entre autres bizarreries de manger
des morceaux de tapisserie qu'il arrachait aux murs, de s'enfoncer sa fourchette en plastique dans les fesses et de cracher dans
son biberon pour le boire ensuite, ce qui laissait les parents
Mundane circonspects. Plus ou moins inquiets, ceux-ci s'en allèrent
montrer le marmot à tous les pédiatres, pédopsychiatres et
gynécologues de la région. Ils découvrirent très vite, ébahis,
qu'un gynécologue n'a en fait absolument rien à voir avec les
maladies infantiles (« ah ben on se couchera moins bêtes, ho
ho ho. »). Quant à Édouard, on lui fit passer toute une série
de tests. Les résultats étaient clairs : le dernier des
Mundane, loin d'être autiste ou trisomique, était simplement un peu
con. Ça n'était pas du ressort de la médecine, et ça n'avait rien
d'exceptionnel. Rien du tout.
Les
parents Mundane acceptèrent la nouvelle avec un haussement d'épaules
et le gosse continua sa vie de petit con jusqu'à entrer dans sa
quatorzième année, date à laquelle il devint officiellement un con
de taille moyenne. Ce fut également à cette période approximative
que le mot « con » perdit finalement de son attrait pour
Édouard, sans doute parce qu'il l'avait utilisé à toutes les
sauces dans toutes ses conversations depuis que son père le lui
avait involontairement appris cinq ans plus tôt. Il décida donc
fort logiquement de passer au mot « bite », ce qui
cadrait tellement bien avec le moment de l'éveil de ses hormones qu'on eu peut
soupçonner quelque malice de sa part s'il eut été quelqu'un
d'autre.
Les
distractions d'Édouard incluaient mettre de la purée ou de la pâte
à modeler dans les oreilles du chien, aidé du fait que celui-ci
s'en tamponnait l'entendement en raison de la surdité
sus-mentionnée, manger du papier -avec une préférence pour les
feuilles à grands carreaux- et produire ce qu'il considérait comme
être de la musique avec ses gencives.
Tout
ce petit monde s'apprêtait donc à passer le réveillon de Noël en
famille, une soirée qui était traditionnellement réduite à un
dîner devant la télévision, suivie d'une bûche à la génoise
que, grâce en soit rendue aux dieux, Roberte achetait au rayon
surgelé plutôt que de la faire elle-même. Ensuite de quoi la
famille retournait vaquer à ses occupations, ou à l'absence
d'icelles.
Cette
année-là, Gilbert avait poussé le luxe jusqu'à acquérir un sapin
de Noël, d'une taille de trente centimètres, qu'il avait posé sur
le poste de TV et auquel il avait ajouté une guirlande électrique
dont la lumière rougeâtre crue et clignotante n'était pas sans
rappeler le néon de l'enseigne d'un sex shop.
Quelques branches de l'arbre avaient également été décorées
d'anneaux d'ouverture de canettes de bière par le fils cadet. Ce
machin vert, rouge et gris argenté, trônant devant les rideaux roses et la
tapisserie beige du salon, avait en plus l'avantage de niquer les
yeux de toute personne tentant de regarder la télévision
tranquillement. Gilbert, qui en était pourtant le plus incommodé,
refusa cependant de le déplacer, à la fois parce qu'il n'y avait
nulle autre endroit ou le mettre et par fainéantise (« bof, de
toutes façons, y'a rien à la télé ces temps-ci, ho ho ho. »).
Ce
jour du 24 décembre, Gilbert avait accepté de rester quelques
heures supplémentaires au bureau afin d'apporter quelques
corrections très importantes au bilan annuel de son entreprise
(« « comptabilité » ça prend toujours deux « l »,
ah bah heureusement que je suis là quand même, hein ? Ho ho
ho. »). Sa famille avait accepté de retarder l'heure du dîner,
car c'était Noël et parce que de toutes façons une dinde
dégueulasse et des pommes de terres mal cuites ne seraient pas moins
immondes si on les consommait à vingt heures plutôt à qu'à
dix-sept heures.
Gilbert
Mundane arriva donc sur les coups de 20 heures et 42 minutes (« ho
là là, la circulation en ce moment, vous le croiriez pas, ho ho
ho. ») et trouva ses deux adolescents effondrés sur le canapé
avec cet air joyeux qu'on affiche volontiers devant les pages de
publicité, et sa femme dans la cuisine à observer le four comme
s'il s'y trouvait quelque révélation divine. Gilbert partit d'un
« joyeux Noël tout le monde ! » en échange duquel
il reçut un « hum », un « bof » et un « ta
gueule, on regarde Sabatier. ».
On
passa rapidement à table. La famille se jeta sur les plats de telle
façon qu'un observateur indépendant aurait cru en voyant les Mundane qu'ils
tenaient à s'assurer que la dinde était bien morte en la déchirant
en multiples morceaux avec rage avant de l'enfoncer dans leurs
gosiers respectifs avec un bref mâchouillage. On aurait crû à un
documentaire animalier, ceux où l'on voit de grands félins se jeter
sur des herbivores pour les réduire en lanières de chair, à ceci
près qu'ici les animaux étaient bipèdes, plus graisseux que
gracieux et que le chef de meute portait un bonnet de fête en carton rouge fluo.
La
bûche connut le même sort sitôt que les Mundane eurent roté les
derniers abats du volatile. Lorsqu'il n'en resta plus que les
figurines en plastique, Gilbert, d'un geste de la main plein de
mansuétude et de tâches de chocolat, autorisa ses enfants à disparaître de
sa vue. Il se leva à son tour, si brusquement qu'il en renversa son
verre de gros rouge, heureusement -et naturellement- vide. Posant une
palluche attendrie, dans laquelle se trouvait encore un reste de
pomme de terre, sur l'épaule de son épouse, il lui tint à peu près
ce langage :
« C'était
pas mal, maman. Hurps. » ajouta-t-il en hoquetant et éructant
simultanément.
L'intéressée
renifla pour toute réponse.
La
soirée se passa plus vite encore que le souper. Il y eut des rires,
des chants, des larmes, des souvenirs nostalgiques des Noëls passés
et nombre de démonstrations de bons sentiments. Dans les émissions
télévisées qu'ils regardèrent, cela va sans dire. En ce qui
concerne la famille elle-même, ils filèrent dans leurs chambres
respectives sitôt l'inévitable diffusion annuelle de Le père
Noël est une ordure terminée.
Personne
ne souhaitant réveillonner, tout le monde s'enferma dans sa chambre,
ferma les volets, monta le chauffage et alla se coucher (à
l'exception d'Edmond, qui décida de consacrer son temps libre à la
rédaction d'un poème fustigeant Noël comme n'étant qu'une fête
inventée par Coca-Cola pour augmenter son chiffre d'affaires, ainsi
que les hordes de moutons qui, n'étant pas Edmond, se laissaient
avoir chaque année ; une opinion des plus originales à n'en
pas douter). Gilbert enfila son pyjama et se mit au lit en faisait la
liste de tout ce qu'il allait pouvoir faire le lendemain :
rester assis sur le canapé à roupiller, se lever pour aller
chercher une bière au frigo, puis s'asseoir sur le fauteuil à côté
du canapé pour roupiller.
Il
était plus de dix heures du matin quand il se réveilla. Pris d'une
pulsion qu'il n'avait pratiquement plus qu'une fois par année
bissextile à son âge, il se tourna vers sa femme et lui secoua
l'épaule.
« Hé,
maman, ça te dit ? » gloussa-t-il avec toute la finesse
dont il est était incapable.
Roberte
ne produisit pas un son, et ne bougea pas non plus d'un pouce.
Gilbert
s'avisa qu'elle faisait semblant de dormir pour ne pas avoir à
répondre, et que ça devait vouloir dire qu'elle n'était pas
intéressée. Il se leva et se mit en devoir d'occuper ses pensées
avec autre chose que son érection. Il se dirigea vers la salle de
bains en sifflant et poussa la porte. Edmond était déjà à
l'intérieur, la tête plongée dans la cuvette des toilettes, les
bras ballants. Cette vision déclencha un rire gras chez Gilbert qui
se flatta de mieux tenir l'alcool que son rejeton intellectuellement
amoindri. Il souleva le corps du môme, lui essuya le visage avec la
balayette des W.C., puis le lâcha sur le tapis près de la douche.
Une
fois le lavage de sa masse corporelle terminé, Gilbert descendit
dans la salle à manger pour déguster sa première bière du matin.
Ainsi qu'il aimait le dire à qui voulait bien l'entendre, cet-à-dire
uniquement à son chien : « Bière à jeun, bière très
bien. » (à se demander de qui Edmond tenait son don pour la
poésie). En pénétrant dans la salle, il trouva, effondré sur la
table basse, son autre fils Edmond. Gilbert fut surpris de ce
tableau. Edmond, de ce que son père savait de lui, n'était pas du genre à
boire, encore moins à se livrer à quelque acrobatie que ce soit
impliquant une table basse. Le père de famille en déduisit qu'il se
passait quelque chose de pas tout à fait normal.
Il
prit son fils par les épaules et le secoua comme un prunier en
prononçant son nom. Aucun résultat. Il lui souleva la tête, puis
la laissa tomber. Pas de réaction. Gilbert sortit alors son paquet
de cigarettes et lui en colla une dans chaque narine, puis dans
chaque oreille, avant de glousser comme un gosse de maternelle qui
vient de découvrir que la nature l'a pourvu d'une zigounette.
S'arrêtant brusquement de rire, il comprit finalement que ce qu'il
se passait, non content de ne pas être tout à fait normal, était
même plutôt anormal.
Paniqué,
il prit son téléphone et composa le numéro de l'hôpital le plus
proche. Une réceptionniste de toute évidence encore beurrée lui
répondit :
« Mwallo,
hôpital de Couïc-la-Vieille, que puis-je pour vous ?
-
Faut m'aider, beugla Gilbert. Y'a ma femme, mon fils et le débile
qui bougent plus. Ils sont malades ou un truc du genre !
-
Mmmmh. Vous avez pris leur pouls ?
- Ah
non, j'ai rien pris du tout, vous m'avez pris pour qui ? Et puis
d'abord mon fils est très propre, je vous ferais dire !
-
Non, monsieur, je veux dire : avez-vous vérifié les battements
de leur cœur ?
-
Ah ! Ah ben non, attendez.
Gilbert
s'approcha d'Edmond en tendant le cable téléphonique au maximum,
puis plaqua la main sur sa poitrine, au niveau du poumon droit.
- Ah
ben ! éructa-t-il. Ah ben, je crois bien qu'il en a pas !
-
Mmmmh. Pouvez-vous vérifier s'ils respirent, je vous prie ?
Le
père colla son oreille contre le nez et la bouche du fiston.
- Ah
ben on dirait bien que non ! Ils respirent pas, ils poulsent
pas ! Ca doit être un peu grave ce qu'ils ont comme maladie !
-
Mmmmh. C'est un peu comme s'ils étaient morts, en fait ?
-
Oui, exactement comme s'ils... Ah ben j'suis con, s'exclama-t-il en
pouffant alors que venait de jaillir dans son esprit un éclair de
génie qui en aurait fait pâlir d'envie Archimède et sa baignoire.
Ils sont pas malades en fait, ils sont morts. Excusez du dérangement,
bonne soirée et joyeux Noël. »
Gilbert
raccrocha au nez de la réceptionniste qui s'apprêtait à lui
expliquer qu'elle allait quand même envoyer une ambulance sur les
lieux. Il se mit une gifle sur le front. Était-il bête ! Sa
femme ne le boudait pas, son fils n'était pas malade et l'autre
n'était pas ivre. Ils étaient morts ! Gilbert s'avisa qu'en y
réfléchissant, c'était même plutôt évident.
Sourcillant
quelque peu, Gilbert se demanda ce qui avait bien pu se passer.
N'ayant pas spécialement envie de se creuser la cervelle le jour de
Noël, il conclut que ce devait être la cuisine de sa femme. Ah ça !
se dit-il. Pour que la dinde ait un goût de viande blanche, faut
qu'elle soit mal cuite ! Ce n'est que lorsqu'il jeta un œil à
son sapin qu'il fut forcé de constater que son hypothèse initiale
était, pour parler par euphémisme, complètement à côté de la
plaque.
Le
sapin de Noël, en effet, était n'était plus qu'une motte de
plastique noire fondue. Un rideau tout entier et une partie de la
tapisserie avaient également disparu. La guirlande, de toute
évidence, avait eu un court-jus, provoquant un départ de feu qui
s'était rapidement étendu. Les fumées émises par le plastique
brûlé et les matériaux bon marché en avaient ensuite profité
pour aller se balader un peu partout dans la maison et en occire les
occupants.
Oui
mais alors, comment expliquer que Gilbert Mundane ait survécu, alors
que même sa femme, qui dormait à ses côtés, avait été
refroidie ? La véritable raison, Gilbert ne la connut jamais.
Peut-être n'y en avait-il tout bonnement pas. Peut-être, tout
simplement, était-ce que Gilbert Mundane était un homme si
inintéressant que la Mort elle-même n'avait pas fait attention à
lui.
« Ah
ben y'a des jours où on ferait mieux pas se lever, hein ! »
mugit-il en guise d'ultime trait d'esprit avant de retourner se
coucher.
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Ainsi ce conclut cette belle histoire pleine de poésie et de bons sentiments. Bonnes fêtes de fin d'année à tous. Prochain article le 6 janvier 2014.
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